HONNEUR A NOS GRANDS-GRECS CREOLES

HONNEUR A NOS GRANDS-GRECS CREOLES. - [Montray Kréyol] 06/11/10 14:17

HONNEUR A NOS GRANDS-GRECS CREOLES.

mercredi 8 octobre 2008 par Maxette Olsson
Portrait d ́un jeune grand-grec créole.

Jean-Luc Gourdine est chercheur à l ́une des trois meilleures universités de Suède (selon le statisticien Stig Forneng et les professeurs d ́universités Ingemar Lind et Thorsten Nybom dans le journal FOKUS) : l ́université de l ́agriculture (SLU) à Ultuna une section de la ville universitaire Uppsala. En outre il écrit notre langue créole et danse et joue du gwoka, ce qui a piqué ma curiosité de mieux le connaître. Faisons ensemble sa connaissance.

Maxette : Comment te décrirais-tu Jean-Luc ?

Jean-Luc : Je suis Guadeloupéen plus précisément de Vieux-Bourg-Abymes, le troisième enfant du côté maternel, et le sixième du côté paternel. Mon père Joseph Gourdine, est décédé lorsque j’avais 9 ans. Ma mère étant au foyer la plus grande partie de mon éducation a donc été réalisée par ma mère. On a tendance à dire en Guadeloupe, fanm potomitan. Je peux dire que c’est vrai pour ma mère et c’est dommage que ce soit vrai. On aurait besoin aussi de nonm potomitan, de papa é manman poto mitan. Ma mère, Colette a toujours fait passer les priorités de ses 4 enfants avant les siennes. Elle est tombée gravement malade lors de ma dix-huitième année et est morte après avoir lutté six ans contre la maladie.

Maxette : Comment as-tu vécu ces décès des deux personnes dont tu avais le plus besoin pour ton évolution émotionnelle et ton équilibre ?

Jean-Luc : J’ai beaucoup bigidi comme danseur de Gwo-Ka, cherchant une stabilité entre plusieurs déséquilibres. Apparemment sé kon sa Gwada yé selon “La Transhumance de la Techni ́ka” présentée par la ville du Moule et la Compagnie Trilogie Lénablou. “Le bigidi est pour moi un déséquilibre maîtrisé, ou plutôt un jeu autour du déséquilibre, de l ́équilibre.” dit la psychomotricienne Capucine Vermel. Puis j’ai "pété les plombs" en arrêtant l’école en plein premier semestre de Licence de Mathématiques. Je suis parti loin loin, en Guyane, faire mon service militaire. Deux ans après, j’ai été employé dans une école primaire à Saint-Laurent du Maroni, en tant qu’aide-éducateur. Ces trois années d’expatrié m’ont permis de comprendre qu’il fallait retourner à la fac, car si je voulais un bon job, il fallait un bon diplôme.

Maxette : C ́est tellement vrai !

Jean-Luc : J’ai repris la licence à Montpellier où je suis resté trois ans. Ensuite, je suis retourné en Guadeloupe pour effectuer ma thèse doctorale. J’ai rencontré ma muse, ma divine, mon rayon de soleil quotidien, ti-flè la ki fan touné an kolibwi, ki réyisi chofé kyè an mwen. Tala ki ka poté jodi jou fwi lanmou nou. Mon épouse Sandhya Féras-Gourdine. Oui ! Actuellement enceinte de notre bébé.

Maxette : Quel âge as-tu ?

Jean-Luc : J ́ai trente-trois ans. Tu m ́as demandé de me décrire. Au fil des mes recherches et de la connaissance de mon histoire, je me suis défini de plusieurs manières. D’abord comme un Nègre, celui de Césaire, celui qui est fier d’être ce qu’il est, et qui vous emmerde si vous ne l’aimez pas comme il est. Puis je me suis défini comme un Africain de la Diaspora, un Kemet, après avoir lu les écrits de Cheikh Anta Diop. Puis, mon patrimoine génétique paternel m ́a rappelé à l’ordre en sachant que mon père était un Guadeloupéen d’origine indienne, on kouli, on Malaba, on Zendyen, je me suis défini comme un Afro-Tamoul. Actuellement, je sais que je ne peux renier ni mon patrimoine culturel africain, ni celui de l’Inde, ni celui de l’Europe. Bref, ma culture est créole. Actuellement, je préfère me définir comme un homo sapiens mâle.

Maxette : Tu sembles quelqu ́un de très calme.

Jean-Luc : Je suis très réservé et en même temps je peux être à certains moments très extraverti. Je suis comme la Soufrière : un volcan calme mais toujours en activité, et qui, de temps en temps ka pétayé. Un conteur Congolais m’a décrit comme le crocodile qui attend le bon moment pour engloutir sa proie. Mais qui est la proie ? Je souhaite que la proie soit l’amour, la paix, la joie et le bonheur. Et que cette proie grandisse en moi comme le magma d’un volcan, et qu’elle explose vers les autres comme une éruption.

Maxette : Tu es aussi poète mais ce n ́est pas la poésie qui t ́a emmené en Suède.

Jean-Luc : Concernant l’objet de ma mission en Suède, je vais essayer d’être le plus pédagogue possible. Commençons par le début, qui explique ma venue ici. Mon parcours universitaire : Master en Statistique appliquée à Montpellier, puis Thèse à l’Institut National Agronomique Paris-Grignon sur les facteurs limitant les performances de reproduction des truies.

Maxette : Des truies ?

Jean-Luc : Oui ! Dé fimèl kochon, en milieu tropical humide. Thèse effectuée en Guadeloupe (INRA Petit-Bourg). En 3 ans (2003-2006), j’ai compris comment fonctionnait la gestion d’un élevage, j’ai analysé un grand jeu de données, j’ai été en contact avec la profession, avec la recherche. J’ai saisi l’importance de l’agriculture dans le monde entier et encore plus dans mon pays la Guadeloupe et la Martinique, j’ai compris que j’aurai l’étiquette de Monsieur Cochon près de mes proches, j’ai compris que je ne serai jamais un vrai agronome car je suis statisticien mais j’ai compris que j’ai la faculté de pouvoir étudier plein de domaines, de comprendre l’essentiel, peut-être pas fon a nannan la, mais l’essentiel, et que je suis capable d’écouter et d’entendre les doléances des autres et que je suis fait pour servir les autres. Je veux être un outil permettant aux agriculteurs de mieux vivre de leur travail.

Maxette : C ́est donc pour cela que tu es ici en Suède ?

Jean-Luc : En Juin 2006, j’ai réussi un concours ingénieur de recherches à l’INRA pour intégrer un poste en Guadeloupe à Petit-Bourg. Ma mission consiste en deux volets de recherches :
a) Volet génétique porcine : adaptation à la chaleur. L’objectif est de caractériser, de comprendre les mécanismes de tolérance des porcs à la chaleur pour voir si une sélection d’animaux tolérants est possible. C’est un travail très mathématique au départ mé sé dada en mwen et aussi physiologique ce qui inclut des collaborations avec des spécialistes.
b) Volet modélisation des systèmes d’élevage. L’objectif est de proposer aux agriculteurs des itinéraires techniques permettant d’optimiser le système de production tout entier soient la gestion des végétaux+animaux+fumier. Je reconnais que je préfère ce volet plus que le premier, car même s’il y a moins de mathématiques dedans, c’est là que j’ai un contact avec les agriculteurs, et c’est là que j’apprends et évolue le plus.

Maxette : Sincèrement, je ne savais pas qu ́il fallait tout ce travail pour élever des cochons.

Jean-Luc : Et ce n ́est pas tout. Tout évolue. Après la réussite au concours, il m’était très fortement conseillé de partir au moins un an à l’étranger pour connaitre d’autres dynamiques de recherches, approfondir mes connaissances et améliorer mon anglais qui est la langue la plus utilisée en recherche. De plus selon mon directeur, être physiquement absent pendant un an de l’Unité, me permettra de m’affermir en tant que chercheur et d’être vu en tant que tel par les autres chercheurs et agents de l’Unité. Ma femme, restée à la Guadeloupe à cause de sa grossesse, me manque beaucoup ; mais il me fallait faire ce sacrifice.

Maxette : Oui ! Je comprends très bien.

Jean-Luc : J’ai accepté, estimant que cela me serait bénéfique et j’ai cherché une mission à l’étranger. J’ai eu des propositions aux Pays-Bas, aux USA et en Suède.

Maxette : Et on en vient à la question clef, pourquoi la Suède ? Un pays froid où il y a très peu d ́Antillais.

Jean-Luc : J’ai choisi la Suède, car le sujet était très intéressant et que je pense pouvoir acquérir des outils que je pourrai utiliser pour des problématiques d’élevage tropical. Je suis en Suède depuis le 8 Avril 2008 et je resterai un an, peut-être 1 an et 2 mois, si ma femme veut venir. Il s’agit d’un projet européen, impliquant plusieurs centres de recherche et plusieurs chercheurs sur la durabilité des systèmes de production porcine. Il y a plusieurs volets dans ce projet : Qualité de la viande, Sécurité alimentaire, Bien-être animal, Economie, Sociologie et Génétique. Je suis impliqué dans le volet Génétique. Mes tâches sont les suivantes :
a) Revue bibliographique sur les exemples de programme de sélection durable.
b) Définir sur cette base ce qu’est la durabilité au niveau génétique.
c) Revue sur les méthodes de gestion de la variabilité génétique.
d) Faire une analyse critique soient points faibles, points forts, opportunités et menaces des systèmes de production porcine européen.
e) Interroger la filière donc les organismes de sélection pour évaluer la durabilité du système.
f) Proposer des scénarios détaillés de systèmes d’élevage porcin durable.

Maxette : J ́ai appris que l ́université que tu as choisie est actuellement l ́une des trois meilleures de la Suède. Peux-tu préciser son nom ?

Jean-Luc : L ́université de l ́Agriculture de Suède. L’Université est SLU : Sveriges lantbruksuniversitet : http://www.slu.se Au niveau de la recherche, il y a plusieurs départements et moi je suis au département de génétique animal, Institutionen för husdjursgenetik.





Réactions

KI GRAN GRÈK É SA ?!
11 octobre 2008, par Féla

Apré tou sa nou sav jòdijou gras a dé moun kon Cheikh Anta Diop, zò pa hont kontinyé maké èsprésyon "gran grèk" lasa ????!!!! An té ja di sa si on dòt pos adan sit a zòt, é ben an sé on GwadaKamaSolda é an ka woudi zòt li : apa gran grèk pou di mé gran kémit, ou byen gran nèg !! Sé grèk la sé koté Kamita (Éjip an tan lontan) yo aprann, kopyé é volé onlo biten, alò souplé arété langaj kolonyal lasa mèsi ! Mé sé sa menm ! Ki zafè a gwan gwèk é sa ?



11 octobre 2008, par Shaka Zulu

Sé sa an ka di ! Otila Fela pasé ? Wi fwè an mwen, nou kama kon ou ka di, nou poko jen woté biten-la sa andidan kabèch an nou davwa nou ka konpwann toujou kè syans sé té biten a éwopéyen !


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