Les commères, les macommères, la zanmi (tribade) et la politique créoles

Les aventures de Damida, la petite créole

ou
Dieu est Maîtresse-Femme Créole

Maxette Olsson

“La littérature créole à laquelle nous travaillons pose comme principe qu'il n'existe rien dans notre monde qui soit petit, pauvre, inutile, vulgaire, inapte à enrichir un projet littéraire. Nous faisons corps avec notre monde. “Éloge de la créolité - in praise of creolness” - Jean Barnabé, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant. ( Édition bilingue Gallimard )

Guillaume Saglisse dit Vétina



Le samedi 15 Août 1964, Huguette chaperonnait sa fille à son premier bal, celui annuel très prisé de l'école des garçons de Belle-Terre. Dans sa robe liliale de première communion en organdi riche de volants et de dentelles, Damida toute en beauté séraphique irradiait. Sa génitrice moulée dans une robe princesse en taffetas lilas brodée de paillettes étincelait. Elles passèrent recevoir l'inévitable approbation du créateur en vogue: Guillaume Saglisse dit Vétina, le tailleur pour hommes et femmes chics, distingués et aisés du pays.

– Tu es très belle! La dentelle sied à ton âge, mais... qu'as-tu fait de ton sac? s'écria le connaisseur, en dardant ses cocos d'yeux sur les mains vides de la fillette.

– Je vais danser, je n'ai pas besoin de sac, répondit-elle impatiente.

– Ce qui signifie que tu as ta clef et ton argent entre tes seins. Sache qu'une femme bien habillée sans sac est d'un manque de convenance impardonnable. C'est de la pure vulgarité. Elle est tout simplement une bòbò (femme de mauvaise vie), sermonna-t-il superbe et cruel. 

Damida déglutit un os de salive car la crainte que sa mère ne change d'avis  d'aller danser lui donna des sueurs froides car d'humeur changeante, l'esprit de provocation d'Huguette se consolidait dans un amalgame d'obstination, de timidité, de révolution et de convention dans un caractère fantasque. Elle bravait les tabous par impulsion. Excellente cuisinière, elle recevait majestueusement ses compères, commères soient Vétina et son banélo (groupe) de macommères (homosexuels) à des dîners de première classe.

Vétina, un petit homme noir, la tête poivrée, au nez camard qui abritait quelques vibrisses, de très grands yeux marrons clairs et vivants, qu'elle transmuait en billes paniquées pour exprimer son assentiment ou son dégoût, était sorti du placard dès sa naissance à Trois-Épices, un petit village producteur de vanille, cannelle et muscade. Enfant unique de parents cultivateurs, ceux-ci l´avaient tout bonnement élevé enrobée d'attention sans la question d'être ou ne pas être. À l'inauguration de “O zombie” la première boîte de nuit de la Belle-Terre, elle s'était accordée à M. Dik, un blanc de France teint en vilain blond, à la voix caverneuse, propriétaire des salles du cinéma Vazi de la Belle-Terre et de toute la région, qui lui avait mis au doigt une chevalière incrustée de leurs deux initiales VD en diamants de Golkonda. Elle était aussi parrain de petits garçons et petites filles qu'elle invitait le jour de leur anniversaire à admirer le contenu de ses nombreux armoires en bois importées de Guyane, remplies de robes, corsages, déshabillés, balconets, bustiers, fourreaux et sous-vêtements féminins en satin de soie. Acquisitions au cours de ses nombreux voyages et croisières à Paris, à Londres, au Mexique, en Espagne, à Thaïlande, à New-York, à Calcutta, à Bombay, à Rio de Janeiro, à Singapour, à Istanbul... Des noms qui n'amélioraient pas l'ignorance géographique de Damida, mais lui faisaient faire le tour du monde en un battement des belles mirettes bordées des faux-cils de Vétina, patronne d'une admirable désinvolture. Le récit de ses tournées dans sa verve osée et ses manières empruntées désopilaient tout bonnement. Sa faconde valait celle des acteurs en perruques de La Comédie-Française en tournée chaque année dans les salles de cinéma de son Dik.

La femme dans l'homme.

Vétina souvent vêtue d'ensemble pantalon-saharienne en lin de différentes couleurs selon son humeur, s'adressait aux grandes personnes et aux enfants sur le même ton emphatique et exécrait Guadakéra et ses habitants. Elle avait ses raisons. Dans ce climat viril d'après guerre des années mille-neuf-cent-cinquante-soixante, certains bourrés d'aversion pour tout ce que l'église catholique réprouvait publiquement, le considéraient comme un vulgaire macommère (homosexuel), une tapette, un être émasculé de tous ces droits d'être. Ti-Adolphin un jeune vaurien renvoyé de l'école parce qu'il avait rossé sa maîtresse, lui avait même une fois lancé une roche dans son atelier de couture en vociférant la braguette ouverte: “Vétina makomè! Ou ka kwè ou sé on fanm mé ou sé on nonm san grènn lèd kon on tou a fès, é ou nwè kon dé lannuit kolé. Fon-aw ka sanm on tribinal a ravèt. Né-aw kon zévan a krab. Gyèl-aw wòz kon koukoun a vach. Ou ka kwè sé on koukoun ou ni, mé sé on tou ka pit ou ni, davwa bonda-aw ouvè kon tou a watè. (Voir le livre “Pa ban gaz! Ne me me cherchez pas!” de Marie-Rose Lafleur. Ibis Rouge Éditions) Tousa ou yé sé on makomè anchas ki nou pavlé, sé sa ou yé! Ay fè yo koké bonda-aw! (Vétina macommère! Tu te prends pour une femme mais tu es un homme sans graine laid comme un trou du cul et tu es noir comme deux nuits accolées. Ton front ressemble à un tribunal de cafards. Tes narines sont comme les évents des crabes. Ta gueule est rose comme la chatte d'une vache. Tu crois avoir une vagin mais c'est un trou puant que tu as car tes fesses sont grandes ouvertes comme le trou des waters. Tu es un macommère en chasse indésirable, voilà ce que tu es! Va te faire voir chez les Grecs!”

“Un indésirable? Moi? “ avait-elle ronchonné effarée par cette fortuite agression verbale, en se pointant doucement la poitrine, puis retenant un sanglot qui manqua de l'étrangler, elle ferma ses portes avec précaution et reprit le faufilage d'un col tailleur. Un indésirable était l'invective, alors qu'il évoquait poétiquement la grâce de la femme en l'homme, lui l'artiste créateur, celui qui initiait la femme à elle-même et l'homme à son pouvoir féminin. Ce soir-là, après avoir englouti un grand verre de whisky d'Écosse, elle mit ses faux-cils sans s'appliquer, se farda prestement les lèvres en rose des bois de Dior, s'enroula un boa vert et or autour du cou, attrapa son éventail vénitien, relata à Dik l'attaque diffamante et débonda son cœur avec impulsion en s'éventant les paupières nitictantes. Ses talons aiguilles scandaient son aller et venir:

– Si tu avais entendu ce vocabulaire Dik! Comment peut-on avoir avoir des pensées aussi infectes? C'est honteux! Des ignorants ces Guadakériens et des mal-parlants de petite catégorie. Aucune éducation. La plupart d'entre eux n'ont pas de classe. Ils sont jaloux, méchants, ingrats, bornés, grossiers, méprisants, malparlants, profiteurs...  Petit pays, petit esprit. Femme dans un corps d'homme, je suis parfaite et je voyage. J'habite ici, mais ma tête est dans le monde. Le beau monde. Ils peuvent toujours déblatérer ces abrutis. Les chiens aboient, la caravane passe. L'eau sale n'empêche pas la rivière de suivre son cours. Je ne tends mon petit bol à personne. J'ai de la monnaie pour toutes les pièces. Si les Guadakériens sortaient de leur trou à crabes pour s'envoler vers de nouvelles planètes, ils ne s'occuperaient pas de mon cul et ne m'auraient pas vu comme un petit nègre macommère, mais telle que je suis: une superbe négresse, intelligente, cultivée, potentat de la mode, et lectrice fervente des grands auteurs. Ils devraient voir ma bibliothèque! Tous mes serres-livres sont des sculptures précieuses et tous mes livres sont lus, ce n'est pas de la décoration comme chez certains. “Notre-Dame-des-Fleurs” de Jean Genet m'a tellement ému. “Si le grain ne meurt”  d'André Gide  est un bijou. C'est vrai que le grain doit mourir pour aider la plante à grandir. L'homme en moi a dû mourir pour laisser la femme s'épanouir. Qu'est-ce que j'ai pleuré en le lisant! “Le livre blanc” du  grand poète Cocteau est sur notre table de nuit. Tu le sais Dik.

Elle se dirigea vers leur chambre à coucher, prit le livre ouvert sur la tablette et revint sur un ton déclamatoire lire un passage à son amant: “J’ai toujours aimé le sexe fort que je trouve légitime d’appeler le beau sexe. Mes malheurs sont venus d’une société qui condamne le rare comme un crime et nous oblige à réformer nos penchants ...”  De ces faux-cils s'échappa une larme transparente qui lui sillonna la joue. “C'est notre histoire Dik!”  

Dik intronisé dans son fauteuil Club rond Art déco le fixait immobile, les yeux funèbres. Vétina déposa le livre et reprit son éventail et son monologue :

– Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde, est mon guide. J´ai lu “ Dorian Gray “ en anglais s´il vous plaît. Si les gens d´ici n'étaient pas si bornés, ils auraient reconnus que je ne suis pas n'importe qui. Je suis la représentante internationale des belles manières, élégance et courtoisie créoles malheureusement aujourd'hui disparues de mon île. Moi Vétina, je suis persona grata dans tous les pays que j'ai visité. Je fréquente des grands genres de personnes. Je fais partie de la gotha, de la fine fleur, du dessus du panier. À Paris, Marie-Blanche de Polignac la directrice de Lanvin me tient par le bras. Je tutoie le monstre sacré Jean Marais, quel charme! Jean-Claude (Brialy) m'a fait la cour. Au Moulin Rouge, il a envoyé deux bouteilles de champagne à ma table. Pas une mais deux. Ce boa est de Michou. Zizi m'a invité dans sa loge et m'a donné un bouquet en plumes et cet éventail de Venise.

Elle s´éventait frénétiquement:

– Yves St Laurent lui, c'est la biographie de Christian Dior  qu'il m'a offert pour mon anniversaire que je fêtais au Georges V.

Elle s'arrêta devant une tablette, attrapa un volume gris, l'ouvrit et lut:

– “Il a été tiré de cet ouvrage  cinquante exemplaires sur chiffon d'Annonay numérotés de I à L.” Et c'est préfacé par Pierre Gaxotte de l'Académie française en mille neuf-cent-cinquante-six. C´est pour dire que Yves ne s'est pas fichu de moi. J'ai parlé l'espagnol avec Cristóbal Balenciaga qui m'a raconté que c'est la marquise de Casa Torres dans son village de Guetaria en Espagne qui l'a encouragé à devenir “Le couturier des couturiers”. Je fais des bisous à ma copine Coco Chanel et je dîne à La Tour d'Argent avec Pierre Cardin. Nous sommes toujours majestueusement reçus par le propriétaire Claude Terrail. Qui dit mieux?  Alors je me fiche royalement de leurs insultes barbares et gratuites. Les bons avocats ne roulent jamais du côté des cochons. Ils sont incultes, c'est moi la star. Je suis une artiste du savoir vivre.” répétait Vétina à dessein de se ragaillardir la confiance ébranlée par cet agonie d'insultes.

– Calme toi ma chérie, soupira Dik tendrement.

– Et je ne parle même pas de ma collection d'art. Qui à Guadakéra peut se vanter d'avoir une œuvre du peintre qui a vécu la période du “mysticisme atomique” Salvador Dali et une affiche de collection du Pape du Pop, Andy Warhol? Qui? Moi.”

Ses cocos d'yeux se lovaient au rythme de son sucement de dents dans un long skyip (petit bruit de la bouche qui marque la mauvaise humeur)! Son regard se dirigea vers les tableaux accrochés au mur.

– Et je n'ai pas nommé mon petit Bacon. Même à toi, je n'ai pas dévoilé qui me les a offert Dik. Alors parlez toujours, mauvaises langues! Ma carapace est solide.

Lorsque le silence s´installa, Dik émit de sa voix d´outre-tombe:

– Ma Vétina chérie! Allons donc! Que tu sois blessée est tout naturel. Toutes ces grossièretés  ne peuvent saillir que d'un dément. Les enfants violents sont souvent des réverbérations de ceux qui les ont éduqués, mais il ne t'est pas salutaire de généraliser Vétina. Toutes les discriminations se diffusent dangereusement. Ton extrapolation est aussi pernicieuse que ces injures qui te mettent dans cet état. La majorité des Guadakériens sont des gens biens sous tous rapports. À ce que je sache, tu es toi-même Guadakérienne Vétina, tu ne peux pas déféquer dans ta mare comme tu dis toi-même. Si tu dis du mal de toi, qu'en sera-t-il de moi? La plupart de tes clients sont d'ici donc ils ne sont pas tous abjects. De la même manière que les Guadakériens généralisent les méfaits d'un seul blanc, de la même façon que nous les Français généralisons l'inconduite d'un noir quelque soit son origine. Tu es saine et sauve, ne prends pas l'inconduite des irresponsables personnellement. Les gens intelligents ne se feraient pas valoir s'il n'y avait pas d'imbéciles. Et moi je t'aime telle que tu es. Cela ne te suffit pas? “

Vétina muselée par cette sagesse se blotti dans les bras de Dik qui l'embrassa tendrement dans le cou en la serrant tout contre lui.

Gunnar Greiber

Les deux garçons. Peinture de Gunnar Greiber.

Ajouxté au salon, son grand patio privé était abrité de bosquets d'allamandas, de bougainvilliers et d'hibiscus roses, meublé de transatlantiques, d'une berceuse qui avait appartenu à sa grand-mère, de fauteuils de jardin peints en vieux rose et d'un canapé recouvert de larges coussins rose bonbon en soie sauvage de Thaïlande, assortis au marbre du sol. Sur un guéridon de marbre lilas d'Italie, brûlaient des bougies mauves qui garnissaient un candélabre en argent. De grand paniers en osier regorgés de magazines Vogue, Nous-deux, Mode de Paris, Elle, Paris Jour, Mode et Travaux, Jours de France, Ciné Revue, Point de Vue Images du Monde... agrémentaient deux coins de la cour intérieure. Sur sa table roulante à deux étages toujours parquée près de la berceuse, s'alignaient des carafes de cristal remplies de punch, de liqueur et des bouteilles de champagne de Reims. Cet havre intime d'entente pour ses compères et commères était gardé par deux imposantes statues d'hommes blancs tout nus comme on les avait créés. Aussitôt que l'horizon avalait le soleil, M. Maillard le maire sans sa femme et ses enfants, le préfet, l'épicier M. Doucet et toute la belle bourgeoisie de blancs et mulâtres qui ne fréquentaient pas les bals et les lolo (buvettes populaires) s'y réfugiaient. Vétina en perruque à cheveux longs enserrés dans un résille perlé rose, bien mise dans son ensemble cette fois jupe-saharienne de lin rose orangé, secouait son shaker en argent, servait des ti-punch, des planteurs au jus d'ananas parfumé de vanille, muscade et cannelle, des épices de son village, accompagnés de noix d'acajou grillées, de pistaches, de bouchées de foie gras sur du pain d'épice, des petits patés de crabe... Elle versait son magnum de Dom Pérignon millésime de 1921 dans ses coupes en cristal de Baccarat accompagné de petits boudoirs et donnait un petit bisou par ici et par là...

-Ce millésime a développé un bouquet exclusif de vanille, de muscade et d'amandes pilées, s'exclamait Dik qui ne s'abreuvait que de ce vin mousseux importé à grand frais.

La bòbò (putain) de France.

Bien sûr imbattable sur la dernière mode et ses accessoires, la Trois-épicienne dont les conseils sentencieux étaient obéis au doigt et à l'œil, supervisait en mécène les costumes du groupe de danses folkloriques des "Chéris-Doudous" souvent en tournée en France. Cette association Guadakérienne régit par Madame Elsie Vabancour propageait la douceur et la joie de vivre des îles et paraît-il réjouissait les Métropolitains férus d'exotisme, mais pas du tout les grands-grecques (intellectuels) Guadakériens qui pestaient de la belle image qu'on donnait de Guadakéra, et pas de la galère, de l'humiliation et de la mortification des descendants d'esclaves, allant même jusqu'à cataloguer la dame folklorique de doudouïste, vendeuse de viande et putain de la France. Madame Vabancour, une circonspecte et sobre négresse célibataire à cheveux ferrés et lunettes à monture d'or, toujours vêtue de tailleur-jupe droite bleu marine faite sur mesure par sa macommère, ses gros tétés étranglées dans un bustier qui aidait son maintien droit comme un piquet, debout sur deux belles jambes aussi longues que des pattes de girafe, à son tour dans une réunion organisée un dimanche après-midi au cinéma Vazi de Dik, avait énoncé en regardant ses compatriotes venus nombreux, ce qui fût surprenant parce que que la pluie tombait en drache:

– Écoutez moi bien! Rat', bòbò, salòp! Putain: Une femme facile qui a une vie sexuelle très libre, est toujours l'outrage le plus dépréciatif adressé à la gent féminine révolutionnaire qui refuse de se soumettre à la queue du commun des mortels. Pourquoi appeler une femme putain parce qu'elle veut être libre par tous ses trous? Kitan zò ké fin' krazé fanm, fanm ki akouché zòt? Kitan? (Quand est-ce que vous finirez d'écraser la femme, le sexe qui a vous a tous donné la vie? Quand?) Qu'on se le dise, je ne me suis jamais prostituée plutôt par complexe, parce que je ne me suis jamais trouvée assez belle pour plaire à une ribambelle d'hommes jusqu'à ce qu'ils me rémunèrent et ma frigidité due à l'éducation des culs-bénits qu'étaient ma mère et mes tantes ne m'ont pas aidé. C'est tout juste si je me trouvais de temps à autre un vieux-nègre qui comblait ma solitude et il était trop souvent impotent, fauché, rapace et laid comme le cul d'un singe, donc il me fallait le nourrir. Puisqu'on attire ce qu'on est soi-même, je conclus que j'étais moi-même disgraciée, raison pour laquelle j'ai décidé de m'embellir en étant au service de la grâce, du charme et de la beauté créoles.Vous voulez que je propage la réalité miséreuse de l'île. C'est exactement ce que je fais puisque ma propre réalité est de ne pas être appréciée des miens. Ma misère est d'avoir toute ma vie chercher l'approbation de vous tous mes congénères en ce moment présent, alors que vous me traitez en paria. Si c'est pas malheureux! Je respecte votre mission, respectez la mienne! Pour vous les savants, le vôtre c'est de réhabiliter la mémoire de nos ancêtres et moi d'enseigner leur éthique, leur esthétique et leur cérémonial. Vous dites vous mêmes que les blancs n'ont rien à faire de notre histoire, de nos souffrances, de nos besoins... Il faut déjà les intéresser agréablement. On ne prend pas les mouches avec du vinaigre. Les Français aiment la fête, donnons leurs la fête. Il est à se rappeler que nos ancêtres les esclaves malgré toute leur avanie, leur indigence et leur humiliation, n'ont pas manqué de partager leur musicologie, leurs danses, leurs traditions, leurs joies et leur cœur avec leurs bourreaux. Cela s´appelait du “Kyenbé réd é pa moli!”  Notre règle de tenir bon malgré tout. Et cela continue, ce qui prouve qu'à part ceux qui me traitent de putain, nous les créoles sommes les êtres les plus cléments et les plus magnanimes sur la terre. Vous pouvez le répéter. Malgré les maltraitances que nous avons subi et subissons encore des blancs, voyons comment nous les honorons, nous nourrissons leurs bébés en tant que bonnes et nourrices, que nous soignons leurs génération dans les hospices, que nous les servons et les recevons chez nous royalement en les amusant. Qu'est-ce que c'est si ce n'est pas de la bonté de bonDieu bon? N'est-ce pas du bienfait envers les pauvres? Car il faut être pauvre d'esprit pour esclavager, exploiter et torturer son prochain quelque soit sa race.  “Le maître disait, quand les victimes se plaignaient avoir manqué mourir faute d'air, de nourriture ou d'eau: Ce n'est pas manquer mourir, c'est mourir qu'il faut.” a écrit Victor Schœlcher. Et je ne vous donne qu'un petit brin de ses écrits. Quant à moi, je vous le répète, je fais ce que j'ai à faire à dessein de faire ce que je veux. Si je suis une fille de joie, vous devriez m'aider sinon à être triste, mais à propager dans le monde entier la joie créole afin d'attirer une belle attention sur nos îles. Sé bay koko pou savon. (Faisons nous des concessions mutuelles.) On a rien sans rien. Vous voulez apprendre à gérer votre pays tout seuls? Reconnaissez que si un jour nous devenons indépendants, nous aurons besoin des autres pays et du tourisme, autant commencer tout de suite à se préparer. Le terme de tour vient de la Grande Bretagne puisqu'il devient de bon ton culturel et éducatif pour les jeunes et riches Britanniques de faire le “Grand tour d'Europe” et aussi pour fuir leur mauvais temps. Pour le moment ils vont en Italie, en Espagne mais attendez lorsque le monde entier découvrira qu'il fait beau chez nous la plupart du temps. Et l'esclavage est fini, il faudra bien que nous exploitions nous-mêmes notre soleil et notre sable chaud. Ne pensez vous pas que vous devriez vous éduquer dans ce domaine au lieu de me dénigrer? Autrement cela ne m'étonnerait pas que ces mêmes blancs que j'amuse prennent la direction économique de cette industrie à venir et continuent à nous exploiter et vous n'aurez pas à vous plaindre. Pour terminer messieurs et dames, si vous n'êtes pas contents, vous n'avez qu'à me lyncher comme le faisaient les négriers que vous condamnez. Autrement Sé grenn diri ka fè sak diri (Les petits ruisseaux font de grandes rivières). Unissons toutes nos missions dans une même cause: Le développement et l'épanouissement de nos îles douvan-douvan (devant-devant)!”

Armand Radès, le journaliste et propriétaire du quotidien “Progrès Socialiste de Guadakéra” avait riposté dans une rubrique intitulée “Réponse à la Doudou” “... Donner la fête aux Français alors qu´ils nous fustigent encore hypocritement à l´aide du fouet subtil qu´est le néo-colonialisme? N´importe quoi! On voit que la Doudou déraille et n'a aucune notion du tourisme de masse et du tourisme durable. ... Le tourisme n'attirera que la dépendance, la pollution et les maladies... et lorsque les touristes seront plus nombreux que nous sur l'île où est-ce qu'on ira? En France? Leur stratégie s´amorce déjà avec la B.U.D.A.F. (Bureau Unifié au Dépeuplement des Antilles Françaises). C'est bien beau toute cette comédie doudouïste, mais il ne suffit pas d'ouvrir la ronde belles créoles, jupon de dentelles et coiffe calendée. Le plus important est de signaler les difficultés économiques du pays au lieu de le dépeupler... “

À tous ceux qui s´inquiétaient de ce qu´elle pensait de l´article, la chef des “Chéris-Doudous” les avait rassuré:

- Un papier journal ne dure que l'espace d'une journée puisque c'est un journal.”

Depuis, plus personne ne lui demandait ce qu'elle vendait. Elle poursuivait ses pérégrinations à la direction de ses “Chéris-Doudous” toujours magnifiquement parés par Vétina aussi régente des défilés carnavalesques. Parrainer les enfants de ses commères, la nantissait du droit d'agencer le choix des confections, en passant par le décor de la salle de réception jusqu'au menu, ce qu'elle accomplissait sur le bout des doigts, empreint d'un perfectionnisme qui la caractérisait. C'est pour vous dire que nonobstant les malveillants son prestige restait sauf.

Les macommères créoles.

Aux dîners d'Huguette qui habitait au Bas-de-la-Source, Vétina osait échanger sa saharienne contre une robe échancrée en satin, de souliers à talons hauts et bien sûr sac assortis, signés Balenciaga s´il vous plaît. Le front serti d'un diadème, il occultait sa tête grainée sous une perruque argent qui lui baillait le tic d'écarter la mèche de son œil gauche en se raidissant le cou. Les autres messieurs-dames débarquaient d'une traction jaune pipi, vêtus de chemises tahitiennes ouvertes sur des poitrines rasées, bardées d´imposants bijoux bien sûr en or et de pantalons serrés aux fesses et larges en bas, mocassins immaculés, les bras lourds de vins, de tissus et de fleurs en hommage à leur hôtesse. Tous parlaient français sans coup de roche (sans faute). Les enfants étaient chassés par un ordre maternel inflexible:  "Allez jouer! ou Allez vous coucher!" gelé par une discrète recommandation: “Vous n'avez rien vu et rien entendu. Vous m´entendez?”

Damida ne savait pas comment s'adresser à eux. M. Sidéra dit Bondabèl, un homme costaud rouge (clair de peau) aux cheveux bouclés, l'index bagué en avant, lui avait une fois gentiment interdit de les appeler Monsieur et encore moins Ami ou autre titre de distinction, mais elle était gênée de les appeler par leur nom ou le sobriquet badin qu'ils se donnaient  entre-eux.

– Nous ne sommes pas des messieurs, et pour la société nous ne sommes pas des madames. Ne me demande pas ce que nous sommes. Tu es trop petite pour comprendre ces injustices, lui avait prononcé Bondabèl.

La triade

La triade. Peinture de Gunnar Greiber

En s'éventant avec de véritables éventails en dentelles et pas avec une main, ils complimentaient ou critiquaient franchement le décor du salon-salle à manger. Affable et très encouragée par les louanges de ses compères-commères, Huguette en amphitryonne avertie, mettait ses petits plats Napoléon en porcelaine dans les grands. Le menu le plus souvent local était composé dans les moindres détails. Tout devait être parfait. Sa fille, de sa chambre, assistait parfois à ces soirées exceptionnelles, consécutivement l'œil lancé à travers un trou ou une oreille plaquée sur la cloison qui séparait la pièce où se jouait la comédie.

– Tu es un véritable Cordon bleu Huguette. Tes ouassous au manioc sont d´une succulence. Pourquoi perdre ton talent dans une cuisine d'hôpital? Tu es si douée, disait de sa voix traînante M. Bouchan dit Cocci qui dirigeait un petit hôtel en pleine Belle-Terre. Ouvre toi un petit restaurant! Qu´est-ce que tu attends? Nous sommes là!

– Adrien ne serait pas d'accord, répondait Huguette sans affectation.

– À quoi te sert celui-là? À faire des enfants? Une jolie femme comme toi? Tu devrais avoir un homme qui te gâte ma chère, appuyait Bondabèl en la toisant coquinement. Celui-ci te bat. Un homme qui te bat une fois te rebattra. Et les coups ne se suspendent pas dans un magasin (expression créole).

– S´il sert à te remplir pour pondre, n'importe quel homme peut faire l'affaire. Allons donc Huguette? Le pantalon ne fait pas l'homme. Il y a mieux, reprenait Cocci. Dire que nous qui donnerions tout pour avoir de gros tétés et une cocotte (vagin), cela me met dans un état de sidération pas possible que de belles femmes comme vous se laissent berner par des idiots pareils.

– Vous les femmes, vous manquez tellement de confiance en vous, que lorsque vous croyez péter, vous faites caca, finissait par lancer gravement Bondabèl sous les grands éclats de rire de l'hôtesse et ses macommères.

– Je te fais remarquer que nous sommes aussi des femmes. Ne disons pas du mal de nous! Un peu de classe Mesdemoiselles? Pas de grossièreté je vous prie, admonestait la reine de mode Vétina en tiraillant sur sa mèche d'une main et son éventail de l'autre, bien appuyée contre son Dik qui observait sans un mot.

–  Je suis d'accord. Nous, nous sommes des femmes à part entière assurait le plus jeune, M. Bondo sans surnom. Mais laisse parler Bondabèl Véti. 

Et se tournant vers l´hôtesse:

– Allons Huguette! Vise l´étoile pour avoir le faîte de l´arbre! Adrien a un beau petit bonda (fesses), mais cela ne suffit pas,

Bondo, un beau brin de mulâtre aux cheveux longs, teints en blond était paraît-il né en France de parents fonctionnaires aux Ponts et Chaussées en congé bonifié et roulait les airs en zozotant.

– Arrête Bondo! Tu n´es pas en France ici. À Paris c´est autre chose, mais ici nous sommes déjà salés (jugés) tu ne voudrais pas qu´on nous fasse frire (expression créole). Si quelqu'un t'entend, nous sommes cramés, reprenait Vétina qui en même temps inspectait les fenêtres.

Les crucifiés

Les crucifiés. Peinture de Gunnar Greiber.

Cocci insistait:

– Écoutez bien! Ceux qui ne nous aiment pas et surtout ne nous acceptent pas, sont des vicieux car la seule raison pour laquelle ils nous en veulent, est parce que toutes les fois que nous tombons sous leurs yeux, ils s'imaginent ce que nous faisons dans nos lits. Imaginer deux hommes au lit a toujours fait tiquer les frustrés. Par contre deux femmes... berk! Pouah! Des pervers oui! Tous des dépravés. Dire qu'auparavant on nous appelait des bougres qui veut dire débauchés.

– Mais nous ne leur demandons pas de nous imaginer, mais de nous accepter puisque nous sommes là et ce n´est que le commencement. Si les gens savaient que leurs bougres d'aujourd'hui avec femmes et enfants nous fréquentent en cachette. À le voir avec sa femme et ses enfants à la messe on n'aurait jamais dit qu'Augustin est fou de moi? C´est lui qui m´a offert tous ces bijoux que vous voyez sur moi.  Alors bougre ou pas, à chacun son trou, appuyait Bondabèl en se retroussant les lèvres.

– Fais attention Bondabèl, il y a des enfants. Déjà qu'ils disent que c'est nous les macommères qui dévoyons leurs enfants parce qu'ils nous confondent avec ces pédérastes qui le plus souvent sont des hétérosexuels, nous devons faire très attention. Tu sais que je suis leur bouc (émissaire), rappelait Vétina en singeant un bouc, les deux index en pointe sur ses oreilles.

– Parlons des enfants alors! s'écria Cocci. Les parents jouent aux faux culs avec des jeunes personnes qui sont souvent plus intelligents qu'eux. Cela ne sert à rien d'être cucul avec ses enfants. Mes parents se sont cassés le cul à me payer l'internat de Saint-François d'Assise dans le but de me rendre normal. Tout ce que j'ai appris est que normal signifie  "dépourvu de caractère exceptionnel". Tout le contraire de ce que je suis, puisque comme vous le savez, je suis exceptionnelle mesdames. (Il fit une pirouette) Vous auriez vu la tête de mon père, lorsqu'il m'a surprit bien fardé dans ma robe de danseuse! Il faut aujourd'hui avoir des couilles au cul pour être franc avec ses enfants. Ils savent tout ce que leurs parents essaient de leur cacher. J'en suis un parfait exemple, conclua-t-il en se dandinant de droite à gauche jusqu'à une chaise où il s'assit et se croisa lentement et gracieusement les jambes.
 
– Je suis entièrement d'accord, mais puisqu'il faut être faux cul... (Vétina pouffa de rire) je veux dire de bon ton, j'espère que tes enfants ne sont pas derrière la porte Huguette, disait-elle inquiète un œil vers l'entrée, sa main gantée sur son cœur.

Il ne savait pas si bien dire. Devinez si Damida regardait et écoutait à travers son trou!

–Tous les enfants sont au lit, rassurait leur hôtesse.

La zanmi (tribade)   

Par ailleurs, Huguette n'avait pas de connaissance zanmi (lesbienne). Sa commère Amie Laurencette en avait une qu'elle invitait parfois chez elle. Son vrai nom était Ginella Bandésa, mais se prénommait toute seule Norbert, avait trente ans et donnait des grandes tapes dans le dos à tous ceux et celles qui pénétraient son aura. À Guadakéra l'âge n'était pas du tout une définition. C'est la tribade qui avait la particularité de se présenter en ajoutant son âge. Ses anniversaires fêtés en grande pompe étaient mémorables.

Fille ou fils unique d'une famille d'instituteurs mystérieusement décédés quand elle était bébé, Norbert une belle personne sapotille avait grandi à la cour Calebasse chez sa tante Man Ida, porteuse de grande et large robe créole très confortable en coton blanc, doublée de jupons en dentelles samba et tête couverte d'une chaudière (coiffe créole) aussi blanche. Elle se débredouillait en organisant des banquets au bonheur des grands genres de personnes, tels le personnel de la Préfecture, de la Trésorerie, les Syriens et Libanais joueurs de poker et consort. Ses palourdes aux citrons verts pimentées, se renommaient au-delà de Guadakéra.

De petite taille Norbert tout naturellement garçonnier, se vêtait comme tel, bien encouragé par sa tantante. Man Ida disait qu'il fallait mieux croire ce qu'on ne voit pas que ce que l'on voit et que ce n'était pas le kòk (pénis) et la chobèt (vagin) qui distinguait le genre humain, mais plutôt ce qui se passait dans sa tête.

Cet imbroglio sexuel n'atteignait pas les cellules grises de Damida. Elle se délectait tout simplement des grands gestes de Man Ida et du toupet de la nièce. En se soulevant vivement un pan de sa robe immaculée afin de dégager son paquet de jupons ramenés sur ses hanches pleines, de sa voix chaude bien timbrée, Man Ida lançait à toute sa cour:

Les amazones

Les amazones. Peinture de Gunnar Greiber.

– Norbert ne s´est pas levé un matin et est devenu garçon. Il est né zanmi (lesbienne) comme tous les macommères étaient macommères dans le ventre de leur maman. On me reproche de laisser Norbert s'habiller en garçon. J'ai déjà répété cent fois que Norbert est un homme dans un corps de femme. Je ne suis pas le bon Dieu. Je ne l'ai pas créé. Je n'ai même pas eu d'enfant. Ma mission n'est pas de changer le cours de la vie, mais de me laisser vivre avec ceux que je choisis autour de moi sans les juger. ”

Confirmant ses dires, sa nièce s'hommassait, en s'exhibant dans tous ses banquets, la tête propre (rasée) graissée à l´huile carapate, des lunettes noires en pleine nuit, élégamment vêtu de son costume trois pièces en cuir, chemise blanche masculine, décorée d'un nœud papillon noir à petits pois blancs. En général, personne ne la décriait. La langue non apprivoisée, c'était plutôt elle qui persiflait sans délicatesse son entourage. Elle défiait la force physique masculine dans des concours de bras-de-fer et des courses de motos et gagnait à tous les coups. Il faut vous dire qu'à constater comment les hommes sur l'île de Guadakéra avaient le droit de commander aux femmes, l'état, la personnalité, la manière d'être, l'attitude et l'existence de Norbert semblaient déviriliser les mâles hommes. Si elle n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer.

L'homme-femme avait une femme qu'il titrait sa maîtresse, et pas une d'école: Cyprienne de Lamanie, une exquise béké un peu chochotte aux ongles des mains si longs, à attiser l'envie des sorcières de livres de contes, surnommée Cyprienne granzong. Norbert spécifiait que c'était pour mieux lui gratter le dos. Cyprienne granzong fille de grands planteurs de caféiers, avait été mariée sans le consentement de ses parents à Véronin, le petit frère de Man Ida et père de ses quatre enfants. Véronin outragé dans son honneur du rejet de sa belle-famille, buvait tellement de rhum bois-bandé, qu'il ne montait plus et encore moins descendait à la cave selon les informations de la snob Amie Laurencette qui découvrit la science de l'œnologie le jour de la première communion de son fils, où elle avait réussi un coq au vin du plus grand cru, arrosé de Beaujolais nouveau de l'année d'avant.

Assoiffée d'attention, la belle béké Granzong s'était laissée faire la basse (courtiser) par la fille adoptive transmutée en fils adoptif de sa belle-sœur.

La cour ne dort toujours pas.

Un coffret en velours rouge où s'exposaient une paire de boucles d'oreilles pommes cannelles, un collier chou, une bague en or jaune et blanc, délicatement ciselés et surmontés de ravissantes petites pierres brillantes et un onglier en or de Guyane, achetés comptant chez M. Himmelstein l'avaient fait balbutier à l'assistance:

– Ce n'est pas comme quand on est avec un homme hein? Les femmes savent satisfaire nos désirs. C'est si bon d'être avec une femme!

Sur ce, son fiancé avait répliqué en lui filant une grande tape dans le dos:

– Si tu veux d'une femme ma chérie, cherche ailleurs. Moi, je suis ton homme, tu m'entends! J'avais la tête et l'entrejambe rasé quand tu m'as rencontré. D'accord? ”

Cyprienne avait tourné ses yeux à l'envers en susurrant  "Oui Nono!" Puis elle avait bougonné: “si je voulais un homme, je serais restée avec le papa de mes enfants. C'est une femme qu'il me faut. Quelquefois Nono exagère.” 

Personne n'avait entendu les enfants de Cyprienne appeler Norbert papa, mais Damida était de plus en plus confuse car parmi les zanmi, se comptaient des femmes-femmes, des hommes-femmes et des femmes-hommes et encore une fois, il ne fallait pas confondre coco et abricot. Par exemple Monsieur le maire Maillard s'habillait parfois en femme, alors qu'il était marié avec une femme, donc lui aussi était un zanmi. Dans une conversation bien sûr interdite aux enfants, Vétina racontait qu'en France, on pouvait même s'opérer et devenir femme ou homme selon le choix. Toutes ces transformations étaient très compliquées pour une petite née pantophile qui voulait respecter et être gentille avec tout le monde qu'elle voulait beau.

Le macommère candidat au maire.

Entre-temps, Huguette s'engagea dans une bataille avec l'église qui lui refusait l'inscription du prénom de sa fille Adrienne, féminin d'Adrien son mari devant Dieu et les hommes, mais pas devant les femmes. Au presbytère, bureau de l'administration pour le baptême, l'abbé Rénol expliqua clairement à Damida qui faisait les commissions que cette dénomination n'était pas adéquat à la sérénité de l'église car elle rappelait le fanatisme à l'égard de l'avocate Adrienne Amène qui paraît-il était communiste et encore, avait eu l'aplomb de poser sa candidature de maire à la Belle-Terre.  "Une femme maire? Où allait ce pays? En décadence? Déjà qu'on leur avait donner le droit de voter, ces femelles se prenaient des aises... de mairesses. Bientôt elles risquent  de vouloir prendre nos places. On leur donne le doigt, elles vous prennent en entier ces femelles. " avait-il bougonné devant la petite fille encore une fois perplexe. 

Malgré le débat de papa Dodo communiste et sa Bonne-manman adventiste dans une autre aventure, Damida ne captait toujours pas la différence entre un communiste et un catholique. D'accord elle n'avait jamais vu Mme Adrienne Amène sur le perron de l'église après la messe, mais sa mère n'y allait pas non plus comme beaucoup de gens qui travaillaient le dimanche. Et lorsqu'elle passait devant son cabinet sur le morne Archimède (scientifique grec), à côté de la maison de Nina sa sœur du côté de son vrai père, sa salle d'attente était pleine de catholiques travailleurs qui commençaient à se mettre ansanm-ansanm (se rallier) pour ne plus être couillonnés par les employeurs.

- Cela a assez duré! Toujours payer un menti-menteur pour que le patron ne vous mette pas à la porte n'est plus une option, aller à l'église non plus. C'est aide toi et le ciel t'aidera! Organisez vous et faites vous entendre! Ne mendiez pas ce qui vous est dû. Prenez-le! Défendez vos intérêts! Vous avez le droit. Votez pour moi et je vous aiderai à prendre ce droit.” certifiait Adrienne Amène dans des petites réunions, Huguette la mère de Damida première-devant.

Damida savait que Mme Amène était avocate comme Maître Maguy Jurida la tachetée coq-d'Inde près du Bas-de-Source dans une autre aventure, mais elle ne savait pas si elle défendait les droits de l'Homme. Tout ce dont elle était convaincue est que l'adjoint au maire Jean-Nestor Vora, le chèr (petit-ami) en cachette du coiffeur Jomien dit Jomienne, aussi le compère de sa manman parce qu'ils avaient baptisé ensemble l'enfant de la sœur d'Amie Laurencette, ne portait pas Mme Adrienne Amène dans son cœur, puisqu'il avait parlé du derrière de l'avocate, derrière son dos à une conférence devant la mairie de la Belle-Terre. Plus exactement, il avait lancé à la foule qui l'écoutait,  "Comment voulez vous élire une communiste et surtout qu'attendre d'une femme nantie d'un postérieur aussi volumineux?", en redressant avec orgueil sa cravate à fleur de lys bleu-blanc-rouge. Tout le monde avait ri. Pour une fois, Damida n'avait pas ri, parce que les rares fois qu'elle observait cette femme active, elle montait son morne à pied, essoufflée, l'air soucieux, une main sur la poitrine et de l'autre, son cartable débordé de gros dossiers jusqu'à ses bureaux, tout en disant poliment bonjour à tous les passants, même à elle. 

– Bonjour ma petite, soufflait-elle à Damida toujours agréablement surprise par ces petites attentions d´adulte. 

Et puis, un homme  ne parle pas du derrière d'une femme devant tout le monde. C'était méchant, quoique paraît-il, dans la politique tout était permis:  de s'attaquer, de se dénigrer, de se discréditer, de se blesser, de s'humilier... et même de s'entre-tuer. Et Jean-Nestor était bien décidé à laisser son nom dans l'histoire.

Et voilà l'histoire.  

Règles de la politique créole.

Jean-Nestor Vora, un beau mulâtre poilu, pas très haut (petit), qui n'avait pas fait beaucoup d'école, commença sa carrière de politicien en étant le bon ami d'enfance du maire M. Maillard et en s'imposant à la réception d'un nouveau préfet qui depuis le craignait comme la peste. Le Guadeloupéen M. Démosthène Démissien qui assistait pour une fois à cette réunion afin de mettre un visage sur le nouveau blanc qui dirigerait son pays d'exil, sauta sur l'occasion pour prendre le chèr (petit ami) de son coiffeur sous sa coupe et s'occupa de lui inculquer les dix commandements d'un vrai politicien : quelqu'un au gouvernement bien payé par les impôts, qui s'engage honnêtement à l'organisation de sa société.

– Tu es trop agressif Jean-Nestor, la première règle du pouvoir lui dit le sage avec circonspection après l'avoir mis assis sur un tabouret dans sa case pleine de livres, est la tolérance. Arme toi de l´humour créole ! C´est un rempart protecteur contre l´ironie et une survie de l´esprit qui puise plus facilement le meilleur du médiocre que la faiblesse dans la bonté. Cultive l'humour, c'est le sirop batterie de notre moteur. Une pincée d´humour créole dans une soupe de sérieux est un parfait remède en toutes situations.

En appuyant son index de la main droite contre son pouce gauche en forme de croix, il lui conseilla:

– N'attaque jamais les dames et encore moins par derrière. Ce n'est pas sain. Observe bien! Tous les pays qui maltraitent leurs femmes essuient des désastres. La femme est l'Énergie féminine et créatrice de la Terre. Tu es née d'elle.

– Elle est aussi en moi, confirma Nestor en prenant sa voix féminine.

– Oui! Mais jusqu'ici tu n'accouches pas. Et puisqu'elle est aussi en toi, traite la avec respect. Il est plus intelligent de débattre sans dénigrer son adversaire. On peut être tranchant sans être injurieux. Fais très attention à ne pas offenser les gens en général. Si tu dis ce que tu penses vertement et qu'ils t'en veulent, c'est leur problème, mais que cela ne soit pas infondé. Que tous tes collaborateurs se sentent à leur aise en ta compagnie, de cette manière ils te légueront leurs précieux secrets extraits de leurs expériences. Ceux qui te craignent ne te respectent pas. Reconnais tes guides, tes mentors, tes bienfaiteurs, ils sont des femmes, ou des vieux et te sembleront parfois insignifiants car ils ne te diront pas toujours ce que tu veux entendre, mais ils seront sincères. Et encore, dans tout ce que tu dis et fais, introduis l'idée du changement, mais... ne change pas trop à la fois. Les gens exigeront de toi un changement favorable, en même temps ils ont peur du changement. Donc, n'espère pas changer le peuple ou le peuple te changera, en bien ou en mal, tout dépendra de ton objectif. Tout individu sans exception à un ego qui aspire au pouvoir qui souvent signifie manipuler à seule fin d'assouvir cette soif de pouvoir. La politique est un de ces pouvoirs, mais n'est pas du tout l'ultime pouvoir. Les électeurs te choisissent parce qu'ils croient que tu feras ce qu'ils feraient à ta place mais... rappelle toi que tu t'adresses au peuple qui ne pense pas comme toi, raison pour laquelle il a besoin de toi comme chef de file. Un berger n'est pas un mouton.

– Troisièmement (et là M. Démissien était au majeur de la main gauche). Sache que dans la politique tes meilleurs amis sont Dieu et toi-même, tous les autres sont des ennemis que tu dois transformer en amis. Tu te dois d'être spirituellement conscient de ta puissance, car la politique n'est pas du tout spirituelle, elle est humaine, qui veut dire que tu ne sauras éviter d'être embarqué dans une intrigue financière que tu le veuilles ou non. Lorsqu'on l'a accusé de corruption, Houphouët-Boigny le Président de la Côte d'Ivoire s'est défendu en disant:  “Si on travaille dans une usine à griller des cacahuètes et qu'on a faim, qu'est ce qu'on mange? Des cacahuètes. C'est l'argent dans la politique. “Alors le politicien qui croit resté honnête, se met le doigt dans l'œil pour ne pas dire ailleurs. C'est un métier qui attire la cupidité, l'envie, la jalousie, la méchanceté, l'avarice et tous les péchés capitaux. Supposons que tu es honnête Jean-Nestor...“

– Comment supposons Démissien? Tu me fâches là. Tu me prends pour une fripouille ou quoi? riposta le candidat d'un petit air fripon.

– Écoute Jean Nestor, je dis supposons car tu ne seras pas seul à diriger la ville. Tous tes adjoints, tes conseillers et ton banélo, ceux qui t'aideront à être élu, régneront à travers toi. Rien n´est gratuit. Chacun voudra sa part de gâteau. Je te fais remarquer que tu es au moment où je te parle à la fois adjoint et candidat. Tu faisais parti du groupe de Maillard. Malhonnête ou pas, un bon politicien est jugé sur ses actions, mais si tu t'acoquines à des voleurs, tu n'auras pas le temps d'impressionner tes électeurs en quelques années. La quatrième règle Jean-Nestor. Sois constamment lucide de tes intentions car elles n'ont pas d'excuses! Ton intention est le pourquoi tu fais les choses. Ce n'est pas simple donc ne triche pas. Sonder tes intentions t'aidera à prendre la responsabilité de tes actes. Si par exemple tu es pris la main dans le sac ne mens pas. Le mensonge corrompt l'intelligence et est une insulte au peuple. Ne sous-estime jamais ne serait-ce qu'un grain sable car il pourrait te rentrer dans l'œil et te causer de grands dégâts physiques. La vérité désarme l'adversaire et concrétise ton potentiel. Puis... regarde bien mon petit doigt qui sait tout! Sa main cassée sur son poignet, il remuait son annulaire d'une façon qui fit éclater de rire Jean-Nestor.

– Si tu continues comme ça, je te ferai la cour Démosthène.

– Focalise toi sur ce que je te dis Jean-Nestor! Évite les gens qui se plaignent de tout et de rien. Ceux qui disent ne pas avoir de chance sont des porte-malheurs. Quand aux flatteurs, ce sont des cafards. Les flatteurs sont ceux qui te louent hypocritement afin de mieux te couillonner. Sixièmement, mets toi bien dans la tête que l'être humain ne pense qu'à lui-même, aussi donne à tes électeurs un sourire, une attention et surtout... du temps, mais jamais plus de temps que tu ne te donnes à toi-même. Un grand chef sait la notion du bien et du mal et sait se faire du bien. Certains croient que la supériorité est de se donner l'air très affairé. Être pressé dénote un manque de contrôle et d'équilibre.  "Le temps c'est de l'argent." était une devise grecque. Ne pas avoir du temps, est avoué sa pauvreté d'esprit. Prendre son temps est reconnaître l'importance de la priorité et de la vigilance. Sois vigilant! Demeure vigilant! Donne à tes électeurs du temps, de l'argent, à manger, un sourire, un signe de la main mais... n'attend absolument rien en retour. Certains crachent dans la main qui les nourrit. Ceux qui t'aiment aujourd'hui peuvent facilement te haïr demain, aussi n'attend pas de l'amour de ceux qui ne s'aiment pas eux-mêmes. C'est une loi. Si tu veux de l'aide, demande en sachant que ceux qui t'aident, s'aident eux-mêmes....

M. Démissien prit une pose afin d'observer si Jean-Nestor écoutait. Celui-ci était là, mais n'était pas là (absent).

“Quelle importance! se dit le sage. La-y pann i sèk (Advienne que pourra)!” Il continua:

– La septième règle... Gouverner exige une fine écoute afin de mieux s'entendre soi-même. Brille par ton absence, mais ne t'isole pas. Ne sois pas à la portée de tous. Le peuple ne respecte pas ce qui est trop facilement à sa portée d'où la culture des légendes. Reste attentif, provoque l'attention et apprend à disparaître à temps! La qualité vaut mieux que la quantité, est une logique de bien-être. La huitième règle est de rester calme et concentré sur ton objectif tout en introduisant le sel et piment qu'est la flexibilité et l'ouverture d'esprit. N'encrasse pas ta concentration par la colère et la rancune. Souviens toi que tu es un leader, mais pas du tout le centre du monde aussi ne prends rien à cœur. Ne t'attends pas à ce que les autres fassent exactement ce que tu veux! Je te répète que plus tu détestes ton opposé et plus tu augmentes son pouvoir et décrois le tien. Pardonne. Maîtrise toi. Séduis. Souris. Le refus de vouloir ce que tu ne peux pas avoir te renforcera et t'attirera ce qui t'est dû. Être, faire et avoir sont des verbes consécutifs.

– La huitième règle, soupira Démosthène en reprenant son souffle, est de rester attentif à tes faiblesses afin de les transformer en qualités. “Gnôthi seauton”, le   “Connais-toi toi-même” de Socrate est de rigueur. Être conscient de tes failles est repérer la fissure à travers laquelle se glissent subrepticement tes ennemis. Un petit conseil entre nous: en plein pouvoir, emploie un ennemi, il te sera plus loyal qu'un ami car il t'aidera à rester sur tes gardes. Et si tu veux la paix, donne raison aux autres. Une des dernières disciplines est... garde le secret de tous tes projets comme la poule couve son œuf. Les divulguer est permettre aux parasites d'envenimer tes desseins. Reste humble, simple et... je te le répète, sois en état de vigie et garde toi Jean-Nestor de lancer un défi à qui que ce soit, conclua le mentor en détachant les syllabes. Celui que tu défies peut te narguer à vie.
Jean-Nestor lâcha un soupir d'impatience.

– Et en conclusion, termina l'exilé, il ne suffit pas d'accéder au sommet du succès, il faut savoir y rester. Pour durer, médite sur le secret d'un grand dirigeant: celui qui guide son prochain à découvrir le grand meneur en lui-même. 

Jean-Nestor regardait sa montre. Ces instructions faisaient opposition à ses expériences de macommère brimé, humilié, mortifié par une communauté présumée chrétienne et pieuse qui damnait son prochain. Chat échaudé, craint l'eau froide. Il se souvint de Machiavel qu'il avait voracement lu: “On s'attire la haine en faisant le bien comme en faisant le mal. ... Aussi est-il nécessaire au Prince qui se veut conserver qu'il apprenne à pouvoir n'être pas bon...” C´est cela la politique! Tout ce qui m´intéresse est gagner un débat afin de transformer les abstentionnistes en citoyens votants. Quitte à écraser comme des rats qui que ce soit sur mon chemin, pensait-il. Qu´est-ce qu´il raconte ce Guadeloupéen? Tout ce charabia ne l´a pas empêché d´être exilé de son pays?  Et de quelle paix parlait-il? Il ne voulait pas la paix, il voulait être maire. Cette élection le revancherait de toutes les brimades, les tracas et les maltraitances dus à son orientation sexuelle. Il allait leur montrer le pouvoir d'un macommère. Il serait un maco-maire, mais maire quand-même quitte à piler un cadavre. Un sourire narquois le rehaussa de quelques centimètres. Il se bomba le torse.

La foule.

La foule. Peinture de Gunnar Greiber.

En attendant l'arrivée de son jour de gloire, ce jour-là le discours de Jean-Nestor à l'introduction du préfet avait commencé par:

"Monsieur le Préfet, les sentiments de la population vous sont acquéris..."

"Pas acquéris, acquis." émis une voix étouffée dans la salle. Jean-Nestor piqué d'avoir été repris en public, fit semblant de ne pas entendre.

"Je recommence. Monsieur le Préfet, les sentiments de la population vous sont acquéris..." insista-t-il.

"Acquis." ressouffla l'inconnu.

Jean-Nestor, cette fois furieux se contenta pourtant seulement de hausser le ton, reprenant sa litanie.

"Monsieur le Préfet, les sentiments de la population vous sont  acquéris..."

"Ac-quis." articula la voix.

"À qui? A ki? A kounyamanman-w! Vyé mako! Ou ka fè moun chyé é fwansé aw-la! (A qui? A qui au vagin de ta mère. Fouineur! Vous faites chier avec votre français.)" hurla-t-il hors de lui à l'invisible dans l'assemblée sous une tonne de rires.

Cet acquis lui valut un acquittement qui lui offrit une popularité exceptionnelle et d´être élu adjoint du maire M. Maillard devenu son ennemi juré, dont cette fois il essayait de prendre la place en insultant le bas du dos de son adversaire, l'avocate Mme Adrienne Amène.

La parole créole amène la parole. À propos de kounyamanman-w, selon la rumeur, cette injure venait de la cérémonie d'insultes que faisaient les enfants békés aux enfants d'esclaves les rappelant leur indigence. Les petits colons couvraient d'invectives les esclaves de leur âge, les agonissant de kou ni a manman-w (cou nu de ta mère) qui signifiait: ma mère porte des colliers en or alors que le cou de ta mère est nu, en un mot “Elle est pauvre ta mère, la mienne est riche.” Être traitée de pauvre est encore un affront. “Cou nu de ta manman” devint donc le mot le plus outrageant dans le monde créole, ce qui est dommage car c´est beau un cou nu. C´est naturel!

Beau ou pas, depuis le débarquement sur l'île de M. Simon Himmelstein et de l'Italien M. Roberto Vasimolo, presque toutes les femmes pauvres et riches, commères et macommères et même les hommes de Guadakéra possédaient des boîtes à bijoux débordées de plusieurs paires de pommes cannelles, de tétés négresses, de colliers grain d'or, de gourmettes, de chevalières, de colliers choux, de chaînes forçats... Les cous ne se dénudaient pas. Fini les cous nus. Seuls les coqs de combat ont aujourd´hui droit au cou nu, mais... c´est une autre histoire.

 

Extrait de: Les aventures de Damida la petite créole sur une île qui n'existe pas
ou
Dieu est Maîtresse-Femme Créole
Maxette Olsson

Bibliographie :

  • Jean Barnabé, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant. Éloge de la créolité - in praise of creolness -  Édition bilingue Gallimard.
     
  • Machiavel Nicolas.  “Le Prince”,  Éditions Mille Poètes.
     
  • Marie-Rose Lafleur. “Pa ban gaz! Ne me me cherchez pas!”,  Ibis Rouge Éditions.
     
  • Victor Schoelcher  “Histoire sur l'esclavage pendant les deux dernières années” Éditions la Collection Histoire de l'Esclavage aux Antilles.
     
  • Alvin Toffler. “Les Nouveaux Pouvoirs”, Éditions Fayard.
     
  • Sonia Catalan  “SA MOUN KA DI”,  Expressions et proverbes créoles recueillis Ibis Rouge Éditions.
     
  • Jean Cocteau. “Le livre Blanc” ,  Editions de Messine.
     
  • Christian Dior “CHRISTIAN DIOR ET MOI”,  AMIOT DUMONT, 1956.
     
  • Oscar Wilde “The picture of Dorian Gray” Éditions Gallimard-Jeunesse.
     
  • Dictionnaire CRÉOLE-FRANÇAIS de Ralph Ludwig. Danièle Montbrand, Hector Poullet et Sylviane Telchid.